« Patience, mes filles ! Munyal ! Intégrez-la dans votre vie future. Inscrivez-la dans votre cœur, répétez-la dans votre esprit. Munyal ! Telle est la seule valeur du mariage et de la vie ». Ces mots résonnent comme une sentence. Un ordre transmis de mère en fille, destiné à enseigner la soumission. Dans « Les Impatientes », Prix Goncourt des lycéens 2020, Djaïli Amadou Amal, lève le voile sur cette oppression silencieuse qui enferme les femmes dans un destin tout tracé. En ce mois de mars 2025, dans lequel la Journée internationale des droits des femmes est célébrée, ce livre rappelle que la patience, lorsqu’elle est imposée, devient un fardeau.
Première femme africaine à être finaliste du Prix Goncourt, l’autrice camerounaise raconte, à travers Ramla, Hindou et Safira, trois femmes du nord du Cameroun, comment la patience leur est imposée comme une vertu, alors qu’elle devient une prison.
Trois voix, un même fardeau
Décrit par ses lecteurs comme “émouvant”, “bouleversant” mais aussi “éprouvant”, ce roman raconte sans fard le destin de trois femmes mariées de force.
Ramla rêve d’étudier la pharmacie, mais on lui impose un mari déjà marié. Hindou est promise à un cousin violent qu’elle redoute.
Safira, première épouse, voit d’un œil impuissant l’arrivée d’une rivale qui menace son foyer.
« Si tu as pu apprivoiser un lion, ce n’est pas ton mari, un pauvre homme, qui te dépassera. Apprivoise-le comme un lion. Sois patiente, rusée, intelligente. Et jamais il ne pourra se séparer de toi. »
Trois impatientes. Car la patience, cette valeur que l’on vante aux jeunes épouses, n’est ici qu’un synonyme de soumission. Un moyen de leur faire accepter l’inacceptable. Mais jusqu’à quand ?
Écrire pour briser le silence
Djaïli Amadou Amal sait de quoi elle parle. Née en 1975 au Cameroun, elle est mariée de force à 17 ans à un homme de plus de 55 ans, maire de Maroua.
Prisonnière d’un mariage où elle s’éteint, elle sombre dans la dépression. Jusqu’au jour où, dans un agenda, elle commence à écrire.
« Je précise au début du roman que les faits dont il est tiré sont authentiques. Ce n’est pas une autobiographie, mais je me suis inspirée de ma vie, de ma sœur, de mes cousines, de la société tout entière ».
Aujourd’hui, écrivaine et militante, elle utilise sa voix pour dénoncer une réalité encore taboue.
« L’instruction est la clé. Tant que les femmes n’auront pas accès à l’éducation, elles ne pourront pas dire non ».
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À travers son association Femmes du Sahel, elle lutte pour que d’autres ne subissent pas le même destin.
Un roman qui dépasse les frontières
Depuis sa parution, « Les Impatientes » a reçu plusieurs distinctions : le Prix Orange du livre en Afrique en 2019, le Prix de la Presse panafricaine au Salon du livre de Paris, avant d’être sacré Prix Goncourt des lycéens en 2020.
Mais au-delà des récompenses, c’est l’impact du livre qui est frappant.
« Beaucoup de femmes m’écrivent du Mali, du Sénégal, de la Guinée et me disent que cette histoire ressemble à leur histoire.
Beaucoup de femmes en Afrique subsaharienne peuvent se reconnaître dans ce livre ; mais je voulais aller au-delà de ça.
Certes, l’histoire se passe en Afrique, mais elle aurait très bien pu arriver en France. Quand on parle de violences faites aux femmes, cela concerne toutes les femmes ».
Un livre qui fait écho à la journée internationale des droits des femmes
En ce mois de mars 2025, dans lequel la Journée internationale des droits des femmes est célébrée, ce livre rappelle que la patience, lorsqu’elle est imposée, devient un fardeau.
Combien de femmes, encore aujourd’hui, doivent taire leur douleur et endurer en silence ?
Aujourd’hui ambassadrice de bonne volonté de l’UNICEF, Djaïli Amadou Amal met sa notoriété au service des droits des femmes. Son combat, comme celui de ses héroïnes, est universel.
Car derrière la patience forcée, il y a des rêves brisés. Et derrière ces rêves, des femmes qui, un jour, n’acceptent plus d’attendre.
Eirena Etté