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Taxe douanière Trump, les risques pour la Côte d’Ivoire selon un économiste

Mis à jour le 4 avril 2025
Publié le 04/04/2025 à 11:44 , , , , ,

« Notre pays a été pillé, saccagé, dévasté par des nations proches et lointaines, des alliés comme des ennemis ». C’est par ces mots, que Donald Trump, le président américain, a annoncé, le mercredi 2 avril 2025, une salve inédite de taxes douanières visant 137 pays dont 42 États africains, avec des droits de douanes allant de 10% à 50%. 

 

Parmi les pays africains concernés par la taxe douanière Trump, on retrouve entre autres le Cameroun (11%).

On retrouve également la République démocratique du Congo (11%), le Ghana (17%), le Togo (10%), le Mali (10%) ou encore le Sénégal (10%).

En Afrique australe, le Lesotho est le plus touché avec des droits de douane portés à 50%.

En Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire est la plus touchée. L’administration Trump a fixé une taxe de 21% sur ses exportations vers les États-Unis.

En comparaison, le Nigeria, pourtant géant économique ouest-africain, est taxé à 14 %.

Pour le président américain, en commerce, il vaut mieux être prédateur que proie. Selon lui, la mesure est une « déclaration d’indépendance économique ».

Docteur Roméo Boyé, est un macro-économiste, modélisateur et chercheur à la cellule d’analyse de politiques économiques du Centre Ivoirien de Recherches Economiques Et Sociales (CIRES).

Pour lui, c’est une perte directe de compétitivité sur un marché stratégique pour la Côte d’Ivoire.

« Le droit de douane, c’est un taux d’imposition qu’un État tiers applique sur vos marchandises.

Ce qui veut dire que vos produits deviennent plus chers dans ce pays-là, donc moins compétitifs », explique-t-il à 7info.

« Si nos produits étaient vendus à 10 FCFA, et qu’une taxe de 10 FCFA s’ajoute, ils coûteront 20 FCFA.

Pendant que le concurrent, non taxé, reste à 10 FCFA. Résultat : on ne vend plus, on perd le marché », détaille l’universitaire.

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Des secteurs clés en danger

Le cacao, l’anacarde, des produits secs et certains produits frais : voilà ce que la Côte d’Ivoire exporte vers les États-Unis.

Des secteurs stratégiques. Mais à ces niveaux de taxation, l’équation devient difficile.

Pour Docteur Boyé Roméo, « cela signifie que nous allons perdre en compétitivité. Et si nos concurrents ne sont pas concernés par cette taxe, ils resteront moins chers.

Nous, on devra compenser soit par la qualité – ce qui est difficile, car on vend des produits primaires – soit par la dévaluation de notre monnaie ».

Ce qui constitue une solution risquée, puisque : « la dévaluation peut nous rendre plus compétitifs, mais elle a des effets négatifs sur l’économie », ajoute-t-il.

Alors… forces est de constater que…si rien n’est fait, les conséquences pourraient être lourdes. « Nos entreprises orientées vers l’exportation perdront des parts de marché.

Certaines risquent de fermer, ce qui entraînerait du chômage, une baisse des recettes fiscales et une hausse de la pauvreté », explique l’économiste.

À l’en croire, pour ne pas subir les effets de la taxe douanière Trump, la Côte d’Ivoire pourrait changer de partenaire.

Mais c’est une stratégie qui ne se fait pas du jour au lendemain, dit-il.

« Depuis 2015, les États-Unis sont des partenaires commerciaux réguliers. Ce n’est pas en un claquement de doigts qu’on pourra s’en détourner.

Chercher d’autres débouchés, c’est possible, mais ça prendra du temps », observe Dr Roméo Boyé.

Les taxes de Trump entreront en vigueur dès le 9 avril 2025 pour les plus élevés dont la Côte d’Ivoire.

Mais la Maison Blanche ouvre la voie à des négociations au cas par cas, précisant dans un communiqué que « ces tarifs resteront en vigueur jusqu’à ce que le président Trump détermine que la menace posée par le déficit commercial et le traitement non réciproque sous-jacent est satisfaite, résolue ou atténuée ».

Eirena Etté

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